Une nouvelle méthode de haies pour le Label bas-carbone

Dernière mise à jour : 1 oct. 2021


Champs et haies avec empreinte carbonapp

Après la validation d’une méthode encore perfectible en novembre 2020 inspirée du projet Carbocage, le Label bas-carbone met en avant une deuxième version améliorée et plus complète sur les haies bocagères. Cette méthode parue début juin propose de nouvelles mesures facilitant son articulation.

Mais alors, la méthode haie : c’est quoi ? Pourquoi l’enrichir avec une deuxième version ?



Les haies bocagères, de réelles capacités de séquestration et de réduction de carbone :


Cette méthode a pour objectif d’inciter à l’intégration de haies dans les milieux agricoles. En effet, celles-ci se dérobent des paysages français à une vitesse éclair. Près de 70% des haies ont disparu des bocages du pays depuis 1950, soit 1,4 millions de kilomètres. On dénombrait une perte de 45 000km de haies chaque année entre les années 1960 et 1980 (Pointereau 2001 et 2018). Malgré quelques efforts menés pour pallier ce problème, ce sont plus de 11 000 km qui disparaissent tous les ans, et ce depuis 2012. La tendance et les prévisions ne sont guère plus encourageantes.


Pourquoi retirer les haies ?


Faire le choix de retirer ses haies offre des avantages. Tout d’abord, cela facilite les déplacements des tracteurs sur les parcelles. Ensuite, l’entretien nécessaire au maintien des haies demande du temps et de l’énergie. Si celles-ci dépassent les 4m, elles peuvent rentrer en compétition avec culture, et ainsi affaiblir les rendements. La course à la productivité et l’agriculture intensive ont poussé les grands comme les petits exploitants à maximiser leurs rendements, peu importe les moyens. Des dizaines milliers de haies ont donc été arrachées au cours de ces dernières années.


Pourquoi restaurer les haies ?


Les avantages des haies bocagères :


- La séquestration du carbone : Grâce à la photosynthèse, les haies permettent de capter le CO2 pour séquestrer le carbone. 1 km de haie stocke entre 3 et 5 tonnes de carbone à l’année. Nul besoin de montrer la force de séquestration de nos 750 000km de haies. Plus on en réimplante, plus l’on pourra se rapprocher des objectifs de neutralité carbone définis par la France à l’horizon 2050.


- La réduction des émissions de gaz à et effets de serre : Les haies plantées vont modifier l'usage du sol. L’agriculteur réduira donc les apports d’engrais chimiques (azote minéral) émetteurs de protoxyde d'azote (N2O), un gaz à effet de serre (GES) lourdement nocif pour l’environnement.


- La réduction indirecte des GES par substitution : Le bois récupéré lors de la taille d'entretien des haies peut être utilisé en chauffage dans des chaudières à biomasse. Il intervient en tant que substitut aux énergies fossiles. Cette réduction de l’empreinte est facultative dans le LBC mais repose sur une méthode certifiée par le Label Haies.


- Les co-bénéfices des haies :

- Améliorer le cadre esthétique et l’identité territoriale de nos paysages français

- Limiter l’érosion et la perte de fertilité des sols

- Filtrer et nettoyer l’eau

- Enrichir la biodiversité avec la création d’habitats et de garde-mangers, notamment

pour les polinisateurs

- Créer des corridors écologiques pour les espèces et participer au brassage génétique.

- Abriter les animaux d’élevage

- Protéger les cultures du vent

- Production de bois pour tous usages (chauffage, fourrage, paillage…)

- Supporter l’économie locale en faisant intervenir des élagueurs pour l'entretien


Ainsi, planter des haies avec une gestion durable est l’un des moyens les plus simples et les plus efficaces pour lutter contre le dérèglement climatique et pour protéger la biodiversité. Nos ancêtres avaient bien compris l'intérêt des haies, qui faisaient partie intégrante de la vie agricole. C’est pour cela que le Label bas-carbone a cherché à valider une méthode dans les plus brefs délais. Chacune d’elles est réétudiée pour être améliorée. Même si la deuxième version de la méthode haie est similaire dans les grandes lignes à la première, elle garde apporte quelques changements. Tâchons de les lister.



Les mesures additionnelles de la deuxième version de la méthode haie :


Des modifications par rapport à la Politique Agricole Commune (PAC) :

Celle-ci propose différents types d'aides aux bonnes pratiques environnementales soumis à des conditionnalités. En 2015, la PAC s’est intéressée au maintien et au développement des haies bocagères. Le point majeur est donc là : les haies développées grâce à la méthode du Label bas-carbone ne pourront, en aucun cas, être détruites par la suite. Cela permet donc à la PAC de verrouiller la pérennité des haies dans les années à venir. Les financeurs des crédits carbone auront donc la certitude que le projet labellisé sera pérenne et durable.

Bien évidemment, cette modification va varier en fonction des futures attentes et choix de la PAC, même si celle-ci n’a pas vraiment d’intérêt à faire marche arrière sur sa décision.


Un changement au niveau des Mesures Agro-Environnementales et Climatiques (MAEC) : Dorénavant, les agriculteurs peuvent perdre leur éligibilité s’ils réalisent un contrat (ou ont déjà réalisé un contrat) en lien avec la MAEC. Pour comprendre, les MAEC « permettent d’accompagner les exploitations agricoles qui s’engagent dans le développement de pratiques combinant performance économique et performance environnementale ou dans le maintien de telles pratiques lorsqu’elles sont menacées de disparition. » selon le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation. Puisque les propriétaires bénéficient déjà d’un soutien de la part du ministère, le financement de leurs haies ne pourra donc plus être assuré. Il faut que lors de la contractualisation avec les MAEC, l’exploitant réalise les opérations Linea 1,2,3 et 9 pour ne plus être éligible. Comme pour le point précédent, la PAC se garde le droit de modifier cette mesure en fonction des futures aides allouées aux agriculteurs.


Les aides à la plantation :

La méthode LBC décrit les aides déjà disponibles aux propriétaires agricoles pour la plantation (mais pas la gestion durable), qu’elles soient européennes, nationales, régionales, privées...

Elle considère que chaque aide apportée est additionnelle par rapport à la certification bas-carbone, peu importe le montant de la subvention. Cela va donc permettre aux porteurs de projets de bénéficier d’aides pour la plantation ou l’amélioration de leurs haies. Chacun d’entre eux pourra tout de même bénéficier du Label bas-carbone car les aides précédentes ne prennent pas en compte la gestion durable des haies. Le LBC vient donc en complément de ces aides.

Ces aides restent variées. La liste est non-exhaustive :

- Mesure « Plantons des haies » ayant pour objectif l’instauration de 7000km de haies en 2023

- Fond Européen Agricole pour le Développement Rural (FEADER) qui soutient les zones rurales à travers la PAC

- Programmes de Développement Ruraux Régionaux (PDRR). Les mesures sont définies par l’Union européenne mais varient en fonction des régions françaises.

- Les sous-mesures 4.4 et 8.2 créées pour soutenir l’agroforesterie et les projets d’objectifs agroenvironnementaux

- Financement par les Départements et Collectivités

- Programme « Plantons de Yves Rocher » ou encore le concours « Agriculteurs d’avenir » organisé par PurProjet