SBTi Corporate Net-Zero Standard V2.0 : un référentiel qui passe de l'ambition à l'execution
- Nicolas FERRIERE

- il y a 23 heures
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Dernière mise à jour : il y a 52 minutes

La Science Based Targets initiative (SBTi) a publié, le 11 juin 2026, la version 2.0 de son Corporate Net-Zero Standard. Cette nouvelle version marque une étape importante pour les entreprises engagées dans une trajectoire de réduction de leurs émissions et de contribution au net-zero.
La SBTi présente cette V2.0 comme son cadre le plus complet à ce jour. Elle ne se limite plus à fixer un niveau d’ambition climatique : elle introduit davantage d’outils d’implémentation, de gouvernance, de reporting, d’évaluation des progrès et de reconnaissance des contributions climatiques complémentaires.
Le changement de logique est majeur. La question n’est plus uniquement de savoir si l’entreprise a des objectifs de durabilité, il s'agit de savoir si l’entreprise dispose d’un plan crédible, et d'une stratégie d'amélioration continue pour atteindre cet objectif ?
1. Deux catégories d’entreprises : une différenciation plus pragmatique
La V2.0 distingue désormais deux grandes catégories d’entreprises. La catégorie A regroupe les grandes entreprises, quelle que soit leur géographie, ainsi que certaines entreprises de taille moyenne situées dans des pays à revenu élevé. La catégorie B couvre principalement les petites entreprises et certaines entreprises de taille moyenne situées dans des pays à revenu plus faible.

Cette différenciation est structurante. Les exigences ne sont pas identiques selon la taille, les moyens et le contexte économique de l’entreprise. Les sociétés de catégorie A devront notamment couvrir plus largement le scope 3, publier leur plan de transition et obtenir une assurance limitée sur certaines données de référence.
Pour les entreprises de catégorie B, certaines exigences sont allégées ou optionnelles.
Pour les directions climat, RSE et finance, cela implique une première étape de qualification : savoir dans quelle catégorie l’entreprise se situe, puis identifier les obligations associées.
2. Des objectifs plus opérationnels et plus proches des réalités sectorielles
La V2.0 renforce le lien entre les objectifs climatiques et les leviers réels de transformation. Les entreprises devront définir des objectifs de court terme sur cinq ans, avec une séparation plus nette entre les scopes 1, 2 et 3.
Sur le scope 1, plusieurs approches sont possibles : réduction absolue, intensité d’émissions, ou trajectoire de transition des actifs. Cette dernière option est particulièrement importante pour les secteurs disposant d’actifs industriels lourds ou de cycles d’investissement longs.
Sur le scope 2, la SBTi maintient une exigence forte autour de la décarbonation de l’électricité, tout en intégrant davantage les instruments de marché, les contrats d’achat d’électricité et les enjeux de correspondance temporelle. La correspondance horaire est reconnue, mais la SBTi prévoit encore des travaux complémentaires sur ce sujet.
Sur le scope 3, la logique devient plus ciblée. Les entreprises de catégorie A devront identifier les catégories significatives et les activités intensives en émissions, puis choisir des approches adaptées : réduction des émissions, alignement des fournisseurs ou clients, ou objectifs spécifiques par catégorie ou activité.
3. Une hiérarchie d’implémentation : réduire d’abord, utiliser les instruments ensuite
L’un des apports majeurs de la V2.0 est l’introduction d’une hiérarchie d’implémentation. La SBTi rappelle que les entreprises doivent d’abord agir directement sur leurs opérations, leurs produits, leurs fournisseurs et leurs clients. Les instruments de marché ne doivent pas devenir un raccourci permettant d’éviter les réductions réelles.
La hiérarchie distingue schématiquement trois niveaux :
Les actions directes au niveau de l’activité,
les actions au sein de systèmes partagés ou de pools d’activités, puis,
les actions sectorielles lorsque des contraintes structurelles limitent l’action directe.
Cette logique est importante pour le marché carbone. Elle confirme que les crédits carbone et autres instruments climatiques ne sont pas des substituts à la réduction interne. Ils peuvent en revanche jouer un rôle complémentaire, encadré, traçable et distinct de l’inventaire GES de l’entreprise.
4. Ongoing Emissions Responsibility : la contribution climatique entre dans le référentiel SBTi
La nouveauté la plus stratégique pour le marché carbone est l’introduction de l’Ongoing Emissions Responsibility, ou OER. Ce mécanisme vise à reconnaître les entreprises qui choisissent de prendre une responsabilité volontaire sur leurs émissions en cours, en complément de leurs efforts de réduction.
La SBTi précise que l’OER est un complément, et non un substitut, aux réductions internes. Les contributions doivent être comptabilisées séparément, documentées, vérifiables et alignées avec des critères d’intégrité.
Le programme OER crée trois niveaux de reconnaissance, correspondant à des niveaux croissants d’ambition. Le niveau le plus accessible permet de couvrir une part limitée des émissions en cours. Les niveaux plus avancés exigent une couverture plus large et, pour les entreprises les plus ambitieuses, une contribution équivalente à une part beaucoup plus significative des émissions couvertes.
Pour les entreprises, l’OER ouvre une voie plus structurée pour financer des actions climatiques au-delà de leur chaîne de valeur : réductions d’émissions, restaurations ou protections de puits naturels, absorptions carbone, voire certains financements climatiques plus larges selon les critères applicables.
5. 2035 : une date pivot pour les absorptions carbone
La date de 2035 constitue l’un des signaux les plus importants de la V2.0. Jusqu’en 2035, le programme OER reste volontaire. À partir de 2035, la SBTi indique son intention d’introduire une responsabilité obligatoire pour les entreprises de catégorie A, avec un soutien à des absorptions carbone éligibles.
Le standard prévoit qu’à partir de 2035, les entreprises devront soutenir des removals équivalents à au moins 1 % de leurs émissions scopes 1, 2 et 3 en cours. Ce niveau progresserait ensuite linéairement jusqu’à 100 % à l’année net-zero, au plus tard en 2050.
Autre point clé : la part des absorptions de longue durée devra elle aussi augmenter. À partir de 2035, les entreprises devront soutenir des removals longue durée équivalents à au moins 10 % des émissions couvertes attribuables aux gaz à longue durée de vie, avec une progression jusqu’à 100 % à l’année net-zero.
Ce signal est déterminant pour les stratégies d’achat carbone. Les entreprises qui attendront 2035 pour structurer leur portefeuille risquent d’arriver sur un marché où la demande en absorptions de haute intégrité sera plus forte, tandis que l’offre restera contrainte par les délais de développement, de certification et de vérification des projets.
6. Removals, réduction et évitement : attention aux raccourcis
La V2.0 ne signifie pas que tous les crédits de réduction ou d’évitement deviennent immédiatement obsolètes. Avant 2035, le programme OER peut encore reconnaître plusieurs formes d’actions climatiques éligibles, selon les critères d’intégrité applicables.
En revanche, la trajectoire de long terme est claire : pour les émissions résiduelles et la neutralisation à l’année net-zero, les absorptions carbone prennent une place centrale. Les crédits d’évitement et de réduction devront donc être repositionnés : contribution climatique, soutien à la transition, financement d’actions hors chaîne de valeur, ou stratégie de portefeuille à court et moyen terme.

Pour les acheteurs, la question ne sera plus seulement de savoir si un crédit est certifié. Elle sera de savoir à quel usage il correspond : contribution volontaire actuelle, OER avant 2035, préparation à une exigence post-2035, neutralisation des émissions résiduelles, ou communication climat.
7. Ce que cela change pour les entreprises
Pour les entreprises, la V2.0 impose une montée en maturité. Un objectif net-zero ne pourra plus être isolé d’un plan de transition, d’une gouvernance, d’une stratégie d’achat, d’un système de suivi et d’une documentation robuste.
Les directions climat devront notamment : qualifier leur catégorie SBTi, revoir leurs objectifs de réduction, renforcer leur plan de transition, documenter les hypothèses et dépendances, distinguer clairement inventaire carbone et contributions climatiques, anticiper les besoins en removals, et construire une stratégie de portefeuille compatible avec 2030, 2035 et 2050.
La V2.0 renforce également l’importance du dialogue avec les fournisseurs et les clients. Le scope 3 ne pourra pas être traité uniquement par des facteurs d’émission génériques. Les entreprises devront progressivement démontrer l’alignement ou la transformation réelle de leurs chaînes de valeur.
8. Ce que cela change pour le marché carbone
Pour le marché volontaire du carbone, la publication de la V2.0 est un signal de structuration. Elle confirme que les crédits carbone ne disparaissent pas du paysage SBTi, mais qu’ils devront être utilisés dans un cadre plus exigeant, plus transparent et plus différencié selon les usages.
Les projets de removals gagnent en importance stratégique. Cela concerne les solutions technologiques, mais aussi les solutions fondées sur la nature lorsqu’elles démontrent une additionnalité robuste, une permanence suffisante, une traçabilité solide, un suivi vérifié et une gestion crédible des risques de non-permanence.
Les projets forestiers, agroécologiques, biochar, sols, biomasse durable ou restauration d’écosystèmes devront être analysés à l’aune de cette nouvelle grille : type de résultat climatique, durée de stockage, qualité MRV, certification, calendrier de génération, risques physiques, risques réglementaires et capacité à répondre à des exigences d’acheteurs plus sophistiqués.
Le marché devrait donc se segmenter davantage. Les crédits de réduction ou d’évitement conserveront des usages, mais les absorptions vérifiées et durables devraient bénéficier d’un signal de demande croissant, en particulier pour les grandes entreprises soumises aux exigences post-2035.
9. Notre lecture chez Carbonapp
Chez Carbonapp, nous voyons dans cette publication trois messages structurants.
Premièrement, la réduction interne reste le socle. Aucun portefeuille de crédits carbone, même de haute qualité, ne remplace une trajectoire de décarbonation sérieuse.
Deuxièmement, la contribution climatique se professionnalise. Les entreprises devront être capables d’expliquer pourquoi elles financent tel type de projet, pour quel usage, avec quelle méthodologie, quel calendrier, quel niveau de permanence et quelle preuve de résultat.
Troisièmement, l’anticipation devient un avantage stratégique. Les entreprises qui structurent dès aujourd’hui des portefeuilles crédibles de projets carbone, notamment de removals, seront mieux positionnées lorsque les exigences de 2035 se matérialiseront.
La bonne approche n’est donc pas d’attendre la contrainte. Elle consiste à construire progressivement une stratégie carbone articulant réduction, contribution, removals, traçabilité et alignement avec les référentiels émergents.
Conclusion
La SBTi V2.0 ne règle pas toutes les questions. Des guides complémentaires sont attendus, notamment sur l’interprétation, l’usage des instruments de marché, la reconnaissance des dispositifs tiers et les allégations climatiques. Des débats subsistent également sur le bon équilibre entre pragmatisme, flexibilité et intégrité scientifique.
Mais le signal est clair : le net-zero d’entreprise entre dans une phase plus opérationnelle. Les entreprises devront réduire, documenter, expliquer, financer et anticiper.
Pour les acteurs économiques, 2035 peut sembler lointain. Pour les développeurs de projets carbone et les entreprises qui cherchent à sécuriser des actifs climatiques de haute intégrité, c’est déjà demain.
Les questions à anticiper dès maintenant sont donc :
· Dans quelle catégorie SBTi l’entreprise se situe-t-elle : A ou B ?
· Le plan de transition est-il aligné avec les objectifs, les investissements et la gouvernance ?
· Les contributions climatiques sont-elles clairement séparées de l’inventaire GES ?
· Quelle part du portefeuille carbone repose sur des removals vérifiés ?
· Les crédits achetés aujourd’hui seront-ils encore cohérents avec les exigences de 2030, 2035 et 2050 ?
· Les projets soutenus présentent-ils une additionnalité, une permanence, une traçabilité et un suivi suffisants ?
Sources principales
SBTi - The new Corporate Net-Zero Standard Version 2.0: https://sciencebasedtargets.org/corporate-net-zero-standard-v2
SBTi - Corporate Net-Zero Standard Version 2.0 (PDF, June 2026): https://files.sciencebasedtargets.org/production/files/Corporate-Net-Zero-Standard-version-2.pdf
SBTi - Corporate Net-Zero Standard V2.0 Executive Summary: https://files.sciencebasedtargets.org/production/files/Corporate-Net-Zero-Standard-V2-Executive-Summary.pdf
SBTi - Corporate Net-Zero Standard V2.0 FAQs: https://files.sciencebasedtargets.org/production/files/Corporate-Net-Zero-Standard-V2-FAQs.pdf
SBTi - The Corporate Net-Zero Standard V2.0 is here: what comes next: https://sciencebasedtargets.org/blog/the-corporate-net-zero-standard-v2-0-is-here-what-comes-next
ESG Today - SBTi Releases Finalized New Corporate Net Zero Standard: https://www.esgtoday.com/sbti-releases-finalized-new-corporate-net-zero-standard/
ESG Dive - SBTi finalizes long-awaited update to its Corporate Net-Zero Standard: https://www.esgdive.com/news/sbti-finalizes-long-awaited-update-to-its-corporate-net-zero-standard/822824/
Climeworks - SBTi’s Corporate Net-Zero Standard V2.0 and what it means for removals: https://climeworks.com/guide/sbtis-corporate-net-zero-standard-v20-and-what-it-means-for-removals
Financial Times - Corporate climate plans arbiter draws critics on new net zero rule book: https://www.ft.com/content/d98a876a-1ea0-40ae-bf3e-b9acf1aca27f
Note éditoriale : Certaines modalités de la V2.0 feront encore l’objet de guides complémentaires de la SBTi, notamment l’interprétation, les instruments de marché, l’interopérabilité et les allégations climatiques. L’article doit donc être présenté comme une analyse à date de juin 2026.



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