Comprendre les co-bénéfices du Label bas-carbone

Dernière mise à jour : 1 oct. 2021


Nature vue du ciel avec plage et forêt

Les entreprises ne cherchent pas qu’à compenser leurs émissions carbone.


Lorsqu’une organisation finance les Crédits Carbone d’un projet bénéficiant du Label bas-carbone, elle souhaite souvent s’engager plus loin : en protégeant l’environnement et en améliorant les conditions socio-économiques des territoires. C’est pour cela que le Label bas-carbone a décidé d’intégrer des co-bénéfices à la labellisation. Il les quantifie et les intègre à la description du projet. Ces co-bénéfices permettent de prouver que le projet a un impact positif supplémentaire sur l’environnement extérieur, indépendamment de la réduction d’émissions de CO2 ou de la séquestration carbone.


Dès lors que le Label bas-carbone valide un projet, il l’ajoute sur son site web, le décrit et met en avant ses co-bénéfices associés. Plus un projet engendre de co-bénéfices, plus il suscitera l’intérêt des contributeurs. Les co-bénéfices sont quantifiés et définis par le porteur de projet grâce à une grille d’indicateurs pour chaque méthode. Il devra ensuite justifier ses résultats à l’auditeur chargé de vérifier la validité du projet, même s’ils ne demandent pas le même niveau de reconnaissance que les réductions d’émissions.


Comment fonctionnent les co-bénéfices ?

Ils se divisent en 4 axes principaux: l’impact socio-économique, la préservation des sols, la sauvegarde de la biodiversité ainsi que la protection de l’eau. Bien évidemment, les actions à mener pour obtenir des co-bénéfices varient fortement en fonction des méthodes déposées. Certaines actions ayant davantage de répercussions sur la biodiversité, d’autres sur la préservation de l’eau, etc.


Il existe aussi des méthodes dans lesquelles ne figurent pas tous les types de co-bénéfices listés. C’est le cas pour la méthode balivage, qui propose seulement des co-bénéfices socio-économiques et de biodiversité. Il est donc important de s’intéresser aux co-bénéfices de chaque projet avant de participer à son financement.


L’impact socio-économique : Il prend en compte la création de plus-value économique territoriale, la création d’emploi locaux, l’adhésion à d’autres certification de gestion durable, ou tout autre type d’actions ayant des retombées sociales et économiques positives pour la communauté, les territoires voire la France dans son ensemble.

La biodiversité : Élément crucial pour de nombreux contributeurs qui cherchent à aller au-delà de la compensation carbone. Elle prend en compte un panel d’effets positifs pour les êtres vivants et les écosystèmes restaurés ou protégés par le projet. Quelques exemples : créer des bordures feuillues linéaires, boiser avec une variété d’essences autochtones (méthodes forestières), répondre à des enjeux biodiversité tels que Zone Natura 2000, ZNIEFF (méthode haie), favoriser les pollinisateurs (méthode vergers) ou encore intégrer d’agriculture agroécologique (méthode Carbon-Agri).

La préservation des sols : Elle concerne toutes les actions permettant de maintenir la qualité des sols ou de les enrichir en matière organique. Quelques exemples : préparer les sols en bande ou en potets (méthodes forestières), lutter contre l’érosion (méthode haie), améliorer la fertilité des sols (méthode vergers) …

La protection de l’eau : En partie liée à la préservation de la qualité des eaux de surface, elle se focalise surtout sur l’amélioration de la qualité à long terme des eaux souterraines, des milieux aquatiques, et des courants d’eau. Quelques exemples : choisir des essences adaptées aux bordures de zones humides (méthodes forestières), réduction de l’excédent du bilan azoté (méthode Carbon-Agri), voire l’utilisation de systèmes d’irrigation optimisant les apports d’eau (méthode vergers).


Rajouter des co-bénéfices bonus :


Il est possible pour les porteurs de projets de faire valoir d’autres actions durables. Le Label bas-carbone l’a bien compris, les projets peuvent être particulièrement différents les uns des autres, même s’ils s’inspirent d’une même méthode. C’est pourquoi il est possible de « proposer des co-bénéfices supplémentaires inhérents à son projet ; chaque co-bénéfice ajouté ne pourra rapporter qu’un seul point. Un maximum de deux co-bénéfices pour chacune des quatre catégories pourra être ajouté. ». Cette demande sera évaluée et validée par le Label avant la certification.


On peut citer le projet « Le bois des Lesques », un projet de boisement en Seine Maritime bénéficiant du Label bas-carbone. Il a ajouté deux co-bénéfices de biodiversité à son calcul : intégration au projet des corridors écologiques (définis au SRCE de Haute-Normandie) et le maintien de trouées en libre évolution sur 3 zones, favorisant la biodiversité.


Un système de points :


Chaque co-bénéfice recensé correspond à un nombre de points allant de 1 à 5. Plus la valeur qu’on leur attribue est haute, plus on leur accordera de points. Les porteurs de projets peuvent donc additionner leurs points pour chaque type de co-bénéfice. Par exemple +5 en biodiversité (comme pour la plantation mixte d’essences autochtones) +5 en socio-économique en faisant travailler des entreprises <50km, etc.


Un système de pourcentage :


Les projets résument leurs co-bénéfices avec un pourcentage et non un nombre de points. Pourtant le pourcentage ne reflète pas la valeur de durabilité maximale du co-bénéfice sur l’environnement, tachons de comprendre. C’est par exemple le cas du projet de reboisement de St Geyrac où la préservation des sols est affichée à 50%. Le calcul est réalisé est simple : le porteur de projet évalue le nombre de points qu’il a obtenu par rapport au nombre de points maximum qui étaient atteignables. Dans le cas de l’exemple ci-dessus, le projet a obtenu 4 points sur les 8 disponibles, soit 50%, car le sol est travaillé en bande. On serait à 100% si le sol n’était pas travaillé du tout.


Cela ne correspond en aucun cas à la préservation de seulement 50% des sols des parcelles concernées. C’est pour cela qu’il est important de bien comprendre le système de comptage des co-bénéfices du Label bas-carbone. De même, il se peut qu’un projet se retrouve avec un co-bénéfice de 0% dans une catégorie. C’est le cas pour certains boisements et reboisements avec les co-bénéfices sur l'eau. Cependant, cela est indépendant de la volonté du porteur de projet. En effet, si une parcelle éligible au Label bas-carbone n’est pas en contact direct avec une zone humide ou un cours d’eau, alors elle ne sera pas en mesure de profiter du co-bénéfice « protection de l’eau ». Cela ne veut pas dire que le projet aura un impact négatif sur l’eau, mais qu’il n’est pas directement concerné.


Des co-bénéfices parfois peu engageants :


Même si le LBC tend à quantifier ces actions additionnelles en termes de développement durable, celles-ci ne prennent parfois en compte que des faibles modifications. Elles n’ont pas vocation à intégrer des changements drastiques pour la biodiversité, la protection des sols, etc. Même si les co-bénéfices sont évalués et mis en avant, ils restent en général insuffisants si le financeur cherche à soutenir des projets à haute valeur en biodiversité. Il existe trois solutions pour le contributeur pour soutenir la biodiversité au delà de la compensation carbone :

  • Compléter ses objectifs avec le financement d’un autre projet hors LBC spécialisé dans la biodiversité. Grâce à cela, il peut financer sa compensation carbone ainsi que la restauration ou la conservation de la biodiversité. Il peut se servir par exemple des PSE, projets à haute valeur environnementale.

  • Ajouter directement au projet LBC un autre label/certificat qui effectuera une analyse complète de la biodiversité de celui-ci. Ainsi, le projet gagnerait en valeur et répondrait aux doubles attentes du contributeur.

  • Participer à des projets LBC, ou aider à la création de méthodes LBC qui enrichissent la biodiversité. A l’heure actuelle, les nouvelles méthodes notifiées n’ont pas encore été rédigées et validées par le Ministère de la Transition écologique et solidaire. C’est le cas de la méthode Préservation des vieilles forêts (Conservatoire des Espaces Naturels, Fédération des Parcs Naturels Régionaux de France), une méthode protectrice des habitats et des écosystèmes. Celle-ci sera peut-être co-rédigée en partenariat avec Carbonapp et validée d’ici plusieurs mois car la ratification et le développement d’une méthode demande du temps.


C’est ainsi que les co-bénéfices apportent un supplément non négligeable aux projets bénéficiant du LBC. Lors du choix du contributeur à financer tel ou tel projet, avoir des co-bénéfices à haute valeur peut grandement peser dans la balance. Cependant, même s’ils sont validés après un audit rigoureux et présentent des avantages indéniables, ils sont parfois encore trop peu engageants et ne proposent pas un réel changement socio-économique ou environnemental global. Compléter les projets LBC par d’autres labels ou d’autres financements peut s’avérer judicieux pour les contributeurs cherchant à aller au-delà de la compensation carbone.